Les
orchidées ont une place importante dans la culture asiatique. Elles sont associées
à toutes les célébrations tout au long de l’année ; cultivées en épiphytes
sur les troncs d’arbres, elles embellissent avec panache les promenades plantées
au cœur des villes ou, poussant sauvagement, plus discrètes, se font découvrir dans
les pelouses municipales. Taiwan et, plus généralement, l’Asie du Sud-Est possédant
de nombreux pépiniéristes réputés dans la culture de ces fleurs, celles-ci sont
tout naturellement à l’honneur lors de nombreux événements floraux, locaux ou
internationaux, dont ce pays a le secret. Ci-dessous quelques photos prises
lors d’expositions d’orchidées qui se sont tenues à Taiwan ces dernières
années.
L’orchidée
ci-dessus, photographiée lors de l’Exposition internationale
de fleurs, à Taipei, en novembre 2007, semble donner raison aux Anciens qui, comme le
rappelle Patrick Mioulane, "qualifiaient les orchidées de « scandale du
monde », estimant qu’il s’agissait de créatures à mi-chemin entre
l’insecte et le végétal." S'agit-il de l'espèce Dendrobium "Dorothy Stockstill Foregottan Fruit" ?
Dans les jardins de Shilin Guandi (士林官邸), un pavillon est entièrement consacré aux orchidées. On peut y admirer différentes espèces de cette fleur, mais ce sont incontestablement les Phalaenopsis qui sont les plus nombreux.
[En plein essor d’orchidophilie en Angleterre, dans les années 1840, le botaniste Robert
Fortune (1813-1880), avait été chargé d’explorer, parfois au péril de sa vie,
les merveilles végétales d’Asie. Dans
son récit intitulé Le vagabond des fleurs, il raconte sa « chasse
aux orchidées » lors d’une
expédition aux Philippines.]
" Le principal objet de ce voyage dans l’île c’était de m’y procurer, dans toute la mesure du possible, une provision de la belle orchidée (Phalaenopsis amabilis) que Cuming avait envoyée en Angleterre quelques années auparavant, mais qui était toujours d’une grande rareté dans notre pays. Sa grâce le duc de Devonshire avait acquis la première plante, pour laquelle il avait donné l’énorme somme de cent guinées. Comme je ne disposais que de peu de temps, je voulais tirer tout le parti possible de l’occasion qui m’était donnée de séjourner dans ces lieux. J’établis mon quartier général en pleine forêt, dans une hutte indienne où je tins une sorte de marché à l’effet de me procurer des orchidées. Les Indiens savaient l’heure à laquelle je regagnais la hutte, et à mon arrivée je trouvais généralement le sol, devant la porte, jonché de ces plantes qu’ils venaient de couper dans les arbres, et qui pour beaucoup étaient pourvues de fleurs en abondance. Le Phalaenopsis, en particulier, était d’une étonnante beauté. Je désirais fort acquérir quelques grands spécimens de cette plante, [...]. Les amateurs de cette superbe espèce comprendront aisément ma joie le jour où je vis deux Indiens venir vers moi avec une plante de taille extraordinaire, pourvue de dix ou douze grappes portant chacune une centaine de fleurs épanouies. [...]. Cette plante est aujourd’hui dans le jardin de la Société horticole de Londres ; et bien que pour la loger dans une caisse j’aie dû réduire un peu sa taille à Manille, elle demeure de loin le plus grand spécimen de son espèce qui existe en Europe. C’est pourquoi, à juste titre, cette superbe variété a reçu l’appellation de « reine des orchidées »".
Robert Fortune (1813-1880)
Le nom Phalaenopsis vient du grec phalaina, « papillon de nuit » (phalène), et opsis, « ressemble à ». Originaire du Sud-Est de l’Asie, l’espèce Palaenopsis est actuellement la plus cultivée de toutes les orchidées, à travers le monde. (cf. Michel Paul, Orchidées).
" Le principal objet de ce voyage dans l’île c’était de m’y procurer, dans toute la mesure du possible, une provision de la belle orchidée (Phalaenopsis amabilis) que Cuming avait envoyée en Angleterre quelques années auparavant, mais qui était toujours d’une grande rareté dans notre pays. Sa grâce le duc de Devonshire avait acquis la première plante, pour laquelle il avait donné l’énorme somme de cent guinées. Comme je ne disposais que de peu de temps, je voulais tirer tout le parti possible de l’occasion qui m’était donnée de séjourner dans ces lieux. J’établis mon quartier général en pleine forêt, dans une hutte indienne où je tins une sorte de marché à l’effet de me procurer des orchidées. Les Indiens savaient l’heure à laquelle je regagnais la hutte, et à mon arrivée je trouvais généralement le sol, devant la porte, jonché de ces plantes qu’ils venaient de couper dans les arbres, et qui pour beaucoup étaient pourvues de fleurs en abondance. Le Phalaenopsis, en particulier, était d’une étonnante beauté. Je désirais fort acquérir quelques grands spécimens de cette plante, [...]. Les amateurs de cette superbe espèce comprendront aisément ma joie le jour où je vis deux Indiens venir vers moi avec une plante de taille extraordinaire, pourvue de dix ou douze grappes portant chacune une centaine de fleurs épanouies. [...]. Cette plante est aujourd’hui dans le jardin de la Société horticole de Londres ; et bien que pour la loger dans une caisse j’aie dû réduire un peu sa taille à Manille, elle demeure de loin le plus grand spécimen de son espèce qui existe en Europe. C’est pourquoi, à juste titre, cette superbe variété a reçu l’appellation de « reine des orchidées »".
Robert Fortune (1813-1880)
Le nom Phalaenopsis vient du grec phalaina, « papillon de nuit » (phalène), et opsis, « ressemble à ». Originaire du Sud-Est de l’Asie, l’espèce Palaenopsis est actuellement la plus cultivée de toutes les orchidées, à travers le monde. (cf. Michel Paul, Orchidées).
Une orchidée du genre Dendrobium
Dendrobium une Vanda aux fleurs géantes...
Le genre Oncidium
Dans le
cadre de l’exposition de fleurs, qui se tient chaque année à Taizhong (台中大坑), en novembre 2013, on a pu admirer de très
nombreuses espèces d'orchidées.
Exposition florale, Taizhong (台中大坑), 2013Exposition florale, Taizhong (台中大坑), 2013
Le Nouvel An Chinois est une excellente occasion pour admirer ces belles plantes. Ci-dessus : une exposition de Cymbidium, sur le parvis d'un temple, près du Lac du Soleil et de la Lune (日月潭), en février 2015.
Cymbidium, peut-être White Crystal "Brigitte Bardot"Cymbidium
Cymbidium
Lycaste Red Jewel "Red Baby"
En janvier 2016, une impressionnante exposition florale a eu lieu à Yuanshan (台北圓山花博公園), où les orchidées ont joué, une fois de plus, les vedettes.
Un village paisible où la vie se déroule dans une "forêt" d'oncidies jaunes (Oncidium) : scène de l'exposition florale de Yuanshan (台北圓山花博公園), 2016
Ci-dessus, outre les Phalaenopsis blancs en quantités impressionnantes, on peut distinguer les orchidées du genre Dendrobium (en bas à gauche) et celles du genre Paphiopedilum (en bas à droite).
Un océan de Phalaenopsis amabilis, tant admiré par Robert Fortune...
Avec ces très belles Cattleyas blanc et mauve il s'agit probablement de l'espèce C. Shirayukihime "A09414"
Cattleyas jaunesPhalaenopsis
Ci-dessus : un bouquet de petites Vandas jaunes et violettes
Ci-dessous : Angraecum sesquipedale, originaire de Madagascar.
"Darwin,
observant la pollinisation des orchidées à Madagascar, fit à ce sujet de
passionnantes observations. Avec près de mille espèces d’orchidées, dont les 8
ou 9/10e sont spécifiques à la grande île, Madagascar offre un
champ d'observation d'un intérêt exceptionnel. Or, Darwin avait été frappé par
la longueur de certains éperons, et en particulier par celui d'Angraecum sesquipedale, espèce ainsi
nommée en raison de son éperon, évalué à un pied et demi de long, soit environ
cinquante centimètres, ce qui d'ailleurs est un peu exagéré.
Darwin se demandait quel
insecte pouvait
bien aller chercher du nectar dans un éperon aussi long. Pour lui, une telle
plante était sans doute une erreur de la nature, comme un condamné à mort en
sursis, que les insectes finiraient bien un jour par délaisser, faute d'y
trouver leur compte. Il fallut attendre quarante ans plus tard pour découvrir
un gros papillon, du groupe des sphinx, dont la trompe, extrêmement longue lorsqu'elle
est déployée, lui permet d'atteindre le fond des éperons de l'Angraecum. Entre ce sphinx et cette fleur, une adaptation mutuelle
s'est faite au cours des âges, encore qu'il soit impossible de savoir qui de
l'insecte ou de la fleur s'est adapté à l'autre. C'est le fameux problème de
l'oeuf et de la poule ; et la réponse est, bien entendu, qu'il y eut entre eux
co-adaptation mutuelle : l'un et l'autre ont évolué simultanément en raison de leur
étroite interrelation, aboutissant finalement à une formule de coexistence à
deux, excluant tout insecte compétiteur, puisqu'aucun ne possède une trompe
apte à
réussir cette étrange et laborieuse copulation buccale avec l'éperon de l'Angraecum. Curieusement, on découvrit en Amérique du Sud un sphinx, dont la trompe, extrêmement
longue, conduisait à s'interroger sur la nature de la fleur qu'il pouvait bien
visiter. Et l'on découvrit, quelques années plus tard, une orchidée du genre Habenaria, possédant un éperon de longueur
équivalente. C'était donc, rééditée en Amérique, l'histoire de l'Angraecum, mais cette fois l'envers. Les orchidées semblent détenir le secret de ces étranges mariages
monogames entre une espèce de fleur et une espèce d’insecte. La constance et la fidélité sont les
uniques garants de la perpétuation de l’espèce, car la fleur ne peut être
fécondée que par son partenaire spécifique, dont la disparition signerait son
arrêt de mort." Jean-Marie Pelt
Sources :
Fortune, Robert, Le vagabond des fleurs, trad. de l'anglais par Joëlle Vincent, Paris, éd. Payot, 2003, p. 257.
Mioulane, Patrick, Dites-le avec des fleurs, Paris, éd. Larousse, 2004, p. 120.
Paul, Michel et Starosta, Paul, Orchidées, Paris, éd. du Chêne, 1997, p. 79.
Pelt, Jean-Marie, Les plantes : amour et civilisations végétales, Paris, éd. Fayard, 1980, pp. 18-19.
Fortune, Robert, Le vagabond des fleurs, trad. de l'anglais par Joëlle Vincent, Paris, éd. Payot, 2003, p. 257.
Mioulane, Patrick, Dites-le avec des fleurs, Paris, éd. Larousse, 2004, p. 120.
Paul, Michel et Starosta, Paul, Orchidées, Paris, éd. du Chêne, 1997, p. 79.
Pelt, Jean-Marie, Les plantes : amour et civilisations végétales, Paris, éd. Fayard, 1980, pp. 18-19.
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