S’il y a une plante qui appelle tout
naturellement, comme une évidence, le qualificatif de « noble »,
c’est bien le camélia du Japon (Camellia japonica).
Est-ce dû à son élégant feuillage vert sombre qui brille tout au long de
l’année ? À ses fleurs, merveilleuses par la forme et la richesse de leurs
coloris? Ou à la pureté et à la longévité (jusqu’à plusieurs centaines
d’années) que cet arbre, de la famille des Théacées,
symbolise ? Nul doute que c’est pour toutes ces raisons que le camélia fascine
et suscite une vénération quasi religieuse en Asie, partie du monde dont il est
originaire.
[En hiver 1896, Anna de Noailles séjourne dans le pays béarnais]
« [...] Que j’ai aimé ses surprenants et vigoureux arbustes aux feuilles vernissées, les camélias, chargés de fleurs que je n’avais connues qu’en satin pâle et cramoisi dans les parures de ma mère, et de l’existence véritable desquelles je doutais encore ! Ces camélias, et de légers bambous, au feuillage découpé en vol d’hirondelles, donnaient à la campagne argentée de décembre un aspect fabuleux d’immense paravent de Chine. Je devais ne jamais les oublier. »
« [...] Que j’ai aimé ses surprenants et vigoureux arbustes aux feuilles vernissées, les camélias, chargés de fleurs que je n’avais connues qu’en satin pâle et cramoisi dans les parures de ma mère, et de l’existence véritable desquelles je doutais encore ! Ces camélias, et de légers bambous, au feuillage découpé en vol d’hirondelles, donnaient à la campagne argentée de décembre un aspect fabuleux d’immense paravent de Chine. Je devais ne jamais les oublier. »
Anna de Noailles (1876-1933)
« Wilflingen, 1 mars 1983
Dans le frais corridor, le camélia brille de toutes ses fleurs. Plus encore qu'à l'hibiscus, le titre de « Rose d'Orient » lui convient. Certes, on regrette que le parfum lui fasse défaut, mais il faudrait dire à sa décharge que nous ne percevons pas son émanation. […]. La couleur, fort agréable, hésite entre le rose soutenu et le rouge. « Sa rigueur se transforme alors en douceur » - cette impression provient de ce que la disposition cristalline de la fleur se maintient, bien que celle-ci commence à se dissoudre. Ici encore, un phénomène limite. Les pétales des fleurs s’arrondissent en éventail. L'oeil se réjouit devant la somme d'un mouvement très doux - il le répète, l’accomplit à son tour. » Ernst Jünger (1895-1998)
Sources :
Anna de Noailles, Exactitudes, Paris, éd. Grasset, 1930, p. 232.
Ernst Jünger, Soixante-dix s’efface, III, Journal 1981-1985, trad. Julien Hervier, Paris, éd. Gallimard, 1996, p. 258.
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