jeudi 28 décembre 2017

Sous les arbres... (8)


Voici le dernier volet de cette collection qui s'est donné pour objectif de mettre en valeur les fleurs à l'ultime étape de leur floraison : par terre. À Taiwan, la fin de l'année n'est en aucun cas synonyme d'une quelconque raréfaction des floraisons. Bien au contraire. C'est en novembre que Ceiba speciosa est au sommet de sa beauté, tout comme Bauhinia blakeana, et que leurs fleurs font d'épais tapis sous la couronne de l'arbre. Les mois de novembre et de décembre, c'est aussi la période où les bougainvillées se couvrent le plus généreusement de leurs bractées colorées qui volent au vent. Sans oublier les nombreuses Acanthacées, parmi lesquelles la bien connue déjà Ruellia brittoniana, qui est de toutes les promenades et dont les ravissantes corolles d'un violet foncé attirent immanquablement le regard...Et bien d'autres merveilles encore...
Les grandes fleurs blanc ivoire de Gordonia axillaris, semblables à celles des camélias, s’épanouissent à partir de novembre, jusqu'à la fin de l'année. Plutôt discrètes sur l’arbre, elles surprennent par leur abondance une fois par terre…
À partir du mois de novembre, l’air à Taipei est rempli d’un délicieux parfum qui rappelle celui du muguet. D’où vient-il? – De la floraison spectaculaire et généreuse des « arbres aux orchidées » (Bauhinia blakeana)…
Un merveilleux contraste du mois de décembre : celui du jaune d’Hibiscus tiliaceus et du rose de Bauhinia blakeana. Si pour la ketmie à feuilles de tilleul décembre signifie une floraison épisodique, pour l’arbre aux orchidées, c’est le mois où il est au sommet absolu de sa beauté.
La délicate Ruellia brittoniana fleurit inlassablement depuis plusieurs mois déjà. Cette fois-ci, ses fleurs violettes jonchent la terre en compagnie des fruits rouges de Malpighia glabra
Parmi les très nombreuses espèces d’hibiscus que l’on peut admirer à Taiwan, Hibiscus mutabilis a la particularité de porter en même temps les fleurs roses et blanches. Une fois tombées, les corolles se referment pour former une petite « boule » aplatie aux reflets argentés.
Aleurites montana – arbre emblématique du mois de mai à Taiwan – offre une seconde floraison, de moindre ampleur, en automne. Ici, avec une corolle lilas de pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus), qui a eu la fantaisie de tomber juste à côté…
Deux beautés exotiques poussant côte à côte et fleurissant en même temps : Ceiba speciosa  (fleurs roses) et Plumeria rubra. Ceiba se met à fleurir dès le mois de septembre et continue jusqu’en janvier. Quant à Plumeria, en fait, elle ne se repose jamais…
Russelia equisetiformis (« plante corail ») est originaire du Mexique. Ses petites fleurs rouges en tubes de 2-3 cm se terminent par cinq petits lobes arrondies. Les tiges, pendantes, ressemblent à des prêles, d’où le nom de la plante (Equisetum est le nom botanique des prêles).
Ce bleu intense, c’est celui de Stachytarpheta jamaicensis, un arbrisseau de la famille des Verbénacées. Ses épis floraux atteignent 30 cm de long. Les minuscules fleurs bleues y sont peu nombreuses, mais apparaissent toute l’année.
La même verveine bleue, en compagnie d’une autre Verbénacée, incontournable dans les pays chauds : Lantana camara. Le lantanier est un petit arbuste extrêmement répandu à Taiwan, y compris à l’état sauvage. 
La floraison d’un bougainvillier (Bougainvillea spectabilis) éblouit par sa beauté et son abondance. Mais ce que l’on prend pour ses « fleurs », ce sont en fait ses bractées colorées. Les fleurs, elles, sont, invariablement, d’un blanc crème, minuscules.
Ces pétales blanc ivoire avec un délicat duvet marron appartiennent probablement à Michelia alba, une Magnoliacée bien connue à Taiwan. L’arbre séduit par son abondant feuillage vert clair et ses fleurs qui dégagent un parfum exquis.
À Taiwan, la floraison principale des azalées a lieu en mars. Mais les fleurs isolées apparaissent dès l'automne. Elles sont de plus en en plus nombreuses au fil des semaines, et finissent, au début du printemps, par couvrir les arbustes entiers.
Même ayant perdu leurs feuilles, les jolies branches gris argenté de Plumeria rubra, très populaire à Taiwan, produisent les magnifiques fleurs blanc et jaune, couleurs qui leur ont valu le nom chinois de « jidanhua », fleurs aux couleurs de l’oeuf.
Ces corolles aériennes, d'un rouge framboise, appartiennent, selon toute vraisemblance, à une Acanthacée. La plante fleurit pratiquement toute l'année.
Barringtonia racemosa est un arbre à floraison nocturne, qui entre en scène en juin, pour n'en descendre que brièvement, vers le début de l'année. Avant une autre représentation, au clair de la lune, qui attirera toujours autant de spectateurs curieux de sa beauté originale...
Duranta erecta est un autre arbuste de la famille des Verbénacées, poussant dans les broussailles et les fourrés des zones tropicales. Il est également utilisé comme plante ornementale, appréciée pour ses grappes pendantes de fleurs lilas ou violet plus foncé.
Pterspermum acerifolium, déjà apparu dans cette collection, au printemps, refleurit à l'automne, en exhalant un parfum frais, comparable à celui des agrumes.
Dans les pays tropicaux, n'importe quelle saison de l'année est propice à la floraison de différentes espèces de passiflores. Les fleurs de Passiflora quadrangularis sont particulièrement grandes et belles...
Avant que les camélias d'hiver (Camellia japonica) ne monopolisent toute notre attention dès la fin de l'année jusqu'en avril, arrêtons-nous devant les fleurs de Camellia sinensis, un peu moins spectaculaires, mais non moins célèbres, puisqu'il s'agit des fleurs du thé chinois...

Les derniers jours d'automne au Centre expérimental horticole de Yangmingshan...

Situé au cœur du charmant quartier pavillonnaire, en face de l'Université de la Culture Chinoise, le Centre expérimental horticole est l'un des endroits les plus intéressants de Yangmingshan. La fin de l'année y est particulièrement  riche en couleurs. Si les signes d'automne ne sont pas toujours évidents à Taipei, en novembre et en décembre on en trouve quelques-uns dans ce magnifique jardin. En effet, on peut y admirer, en cette saison, différentes espèces d'érables, les arbres aux quarante écus et les cyprès chauves, dans leurs plus belles parures automnales, rouges, orange, rouille ou jaune doré. Mais l'automne taiwanais ce n'est pas que cela. C'est aussi, et même avant tout, la floraison des camélias d'automne et les premières fleurs des camélias d'hiver. Les tapis de feuilles mortes -  symbole de l'automne -, à côté des tapis de fleurs - symbole du printemps -, font que cet endroit, à la fin de l'année, est comme hors du temps...
Erable (Acer)
Erables (Acer)
Erable (Acer)
Camélia d'automne
Camélia d'automne
Fleurs de Camélia par terre...
Arbres aux quarante écus (Gingko biloba)
Arbres aux quarante écus (Gingko biloba)
Arbre aux quarante écus (Gingko biloba)
Arbre aux quarante écus (Gingko biloba)
Camélia du Japon (Camellia japonica)
Camélias d'automne (Camellia sansanqua)
Camélias d'automne (Camellia sasanqua)
Camélias d'automne (Camellia sasanqua)
Camélias d'automne (Camellia sasanqua)
Camélia d'automne (Camellia sansanqua)
Camélia d'automne (Camellia sasanqua)
Tibouchina macrantha
Camélia jaune (fleurit toute l'année)
Gordonia axillaris
Camélia du Japon (Camellia japonica)
Erable (Acer)
Erable (Acer)
Erable (Acer)
Camélia du Japon (Camellia japonica)
Camélia du Japon (Camellia japonica)
Camélia du Japon (Camellia japonica)
Camélia du Japon (Camellia japonica)
Fleurs de Camélia du Japon (Camellia japonica) et feuilles d'érable...

vendredi 22 décembre 2017

Les Jardins de Claude Monet à Giverny (2) : le Jardin d'eau

Contrairement au Clos normand, qui est un jardin régulier à la française, le Jardin d'eau de l'autre côté de la rue, est un jardin irrégulier, aux allées sinueuses. Les parterres devant la maison constituent une véritable palette de couleurs vives, de par l'impressionnante quantité de fleurs qui y sont plantées, alors que le Jardin d'eau, lui, met en valeur les feuillages. Parmi ceux-ci : fougères, pétasites géants, bambous, et surtout les ramures vert-gris des saules pleureurs, plantés par Monet lui-même, à travers lesquelles on peut contempler les nymphéas poussant sur l'étang...

"Confiant dans la droiture de ses sensibilités, [Monet] s'abandonnait, sans réticences, aux faciles pentes de sa conscience d'homme et d'artiste, qui ne le trompait pas puisqu'il ne cherchait le succès que dans la vérité. Il aimait les champs, les fleurs, les bois, la plaine et les halliers, tous les ciels de toutes les lumières, toutes les montagnes sous le soleil ou la neige, tous les rivages, toutes les eaux des mares, des fleuves et de l'Océan calme ou bouleversé, tous les aspects de l'existence humaine, heureuse ou dolente dans tous les cadres de sa vie agitée. C'est son ami Renoir, je crois, qui a dit : "Un ruisseau qui fuit dans l'herbe vaut le sourire de La Joconde." [...] Il n'est pas besoin de savoir comment il fit son jardin. Il est bien certain qu'il le fit tel que son œil le commanda successivement, aux invitations de chaque journée, pour la satisfaction de ses appétits de couleurs. Quand on vous aura dit que le jardin de Monet est traversé par une route à automobiles, par le chemin de fer de Gisors et par un embranchement de la rivière d'Epte, peut-être penserez-vous que l'unité n'en doit pas être le trait dominant. A quoi cela ressemble-t-il? A tout et à rien. Sans la route, sans le chemin de fer, sans la rivière qui appelle les pécheurs, on aurait pu, peut-être, y trouver l'isolement. Eh bien, c'est justement le miracle : on y est à l'abri de tous les importuns. De la maison à la route, des faisceaux d'arcs-en-ciel de toutes les fleurs, de toutes les colorations de fééries, tombent de la voute céleste en un étalage de cascades flambantes, appelées de l'œil du peintre, à certaines heures, pour ses grandes douches de torrents lumineux. Monet aimait la fleur, pour elle-même, pour les légèretés, les envolées de sa figure, pour le drame d'amour qu'elle irradie avec un éclat d'insolence, pour les flammèches profuses de teintes tendres ou violentes qui s'étalent agressivement parmi les rosiers géants où se lyrisent des yeux las des proses de la vie. Un mur surmonté d'une grille, des arbres et l'encaissement de la route font qu'il n'y a point à redouter l'œil du passant. Par ces petites allées bourgeoises à la disposition de l'unique promeneur, Monet, familier avec chaque touffe de floraison discrète ou tapageuse, ne manquait pas d'accomplir, chaque matin, la  cérémonie du premier salut réclamé par l'insatiable sollicitation des yeux.
Phlox paniculata
Begonia
Fuchsia
Une porte permet de traverser la route, une clef de franchir le talus de la voie ferrée, que des entassements des grands rhododendrons et un haut grillage de rosiers grimpants isolent de toutes parts. Les voyageurs ne pouvaient pas se plaindre de côtoyer un immense bouquet de fleurs, et Monet, à quelques pas d'eux, absorbé dans le miroir de son étang, n'entendait même pas le train. Pour le reste du jardin, ce n'est, à proprement parler, qu'un silencieux étang fleuri d'éclatants nymphéas [...]. Du côté de la voie ferrée, les grands peupliers, les saules dont on voit pendre les branches aux panneaux des Tuileries, une presqu'île de grands bambous touffus, jungle cernée par le courant des eaux vives où serpentent des herbes joyeuses. Le chemin de ronde en treillage de rosiers grimpants ouvre des arceaux d'ardentes couleurs sur la verdure de l'immense prairie qui s'étend jusqu'aux coteaux de la seine. Il n'en faut pas davantage pour faire un paradisiaque séjour où l'œil humain butine tour à tour, pour d'incomparables fêtes, toutes harmonies de lumières dont la terre et le soleil peuvent exalter, jusque dans les accalmies de la terre bourdonnante, l'heureux éclair des visions les plus grandioses comme des plus tenues.  

Dans le miroir de son étang, parmi les lourdes dalles du feuillage aquatique cernées de nuages, sursaute un éclat de pétales en proie aux reptations de la nuée d'où surgira tour à tour la flamme des eaux ou la splendeur des apaisements célestes. C'est là que Monet venait chercher l'affinement des sensations les plus aiguës. Pendant des heures, il restait là, sans mouvement, sans voix, dans son fauteuil, fouillant de ses regards, cherchant à lire dans leurs reflets, ces dessous des choses éclairés, au passage, des lueurs insaisissables où se dérobent  les mystères. Le dédain de la parole pour affronter le silence des fugitives harmonies. Voir, n'était-ce pas comprendre? Et, pour voir, rien que d'apprendre à regarder. Regarder au dehors, au dedans, regarder de toutes parts, pour exalter les sensations de l'homme dans tous les frémissements de l'univers. L'eau buvait la lumière, et la transposait, la sublimait au plus vif, avant de la retourner aux sensibilités rétiniennes étonnées de réactions inconnues." Georges Clémenceau 
Nymphaea
Nymphaea
Phlox paniculata
Etang aux nymphéas
Anemone x hybrida
Begonia
Cassia bicapsularis?
Ricinus 
Impatiens glandulifera
Begonia
Tricirtis formosana
Impatiens walleriana
Impatiens walleriana
Impatiens walleriana
Source :
Georges Clémenceau, Claude Monet. Les Nymphéas, éd. Terrain vague, 1990, pp. 39-41.