Mystique, transcendantaliste, philosophe de la Nature, Thoreau fit l'expérience d'une vie solitaire dans une cabane près de l'étang de Walden, pendant laquelle il décrivit, entre autres, la beauté de la plus rude des saisons : l'hiver...
"En temps de fortes neiges, le sentier que je suivais pour venir de la grand-route à ma maison, long d'un demi-mille environ, eût pu se représenter par une ligne pointillée et sinueuse, avec de larges intervalles entre les points. Pendant une semaine de temps invariable je fis exactement le même nombre de pas, et de la même longueur, au retour et à l'aller, posant le pied de propos délibéré et avec la précision d'un compas dans mes propres et profondes traces, - à telle routine l'hiver nous ramène, - encore que souvent elles fussent remplies du propre bleu du ciel. Mais nul temps ne mettait un arrêt fatal à mes promenades, ou plutôt mes sorties, car il m'arrivait fréquemment de faire huit ou dix milles dans la plus profonde neige pour être exact au rendez-vous avec un hêtre, ou un bouleau jaune, ou quelque vieille connaissance parmi les pins ; lorsque la glace et la neige faisant s'affaisser leurs branches, et de la sorte aiguisant leurs cimes, avaient changé les pins en sapins ; me frayant un chemin jusqu'aux sommets des plus hautes collines lorsque la neige avait près de deux pieds d'épaisseur en terrain plat, et me faisant choir sur la tête une nouvelle avalanche à chaque pas ; ou parfois rampant et pataugeant jusque-là sur les mains et les genoux lorsque les chasseurs avaient gagné leurs quartiers d'hiver." Henry David Thoreau (1817-1862)
"En marchant le long de la longue chaussée construite pour le chemin de fer à travers les marais, il m'arriva plus d'une fois d'aller à l'encontre d'un vent impétueux et mordant, car nulle part n'a-t-il plus libre carrière ; et le gel m'avait-il frappé sur une joue, que, tout païen que je fusse, je lui présentais l'autre aussi." Henry David Thoreau (1817-1862)
Source :
Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, traduit de l'anglais par L. Fabulet, Paris, éd. Gallimard, 1922, pour la traduction française, pages : 264 et 265.
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