Dans l'extraordinaire odyssée du chrysanthème, on peut distinguer trois étapes cruciales : la Chine, le Japon, l'Europe. Tout commence dans l'Empire du Milieu, où cette Astéracée se rencontre à l'état spontané, depuis le 3e siècle avant notre ère. Au VIII siècle, les chrysanthèmes débarquent au Japon. Au type chinois - double, symétrique et régulier - les Japonais préféreront les chrysanthèmes aux formes très variées : fleurs en boule, en fusée, en forme de coquillage, en forme d'anémone ou de chardon, ou encore fleurs formées de pétales tubulaires ou constituées d'aiguilles (le chrysanthème "araignée"). En 1786, le négociant et navigateur français Pierre Blancard rapporte en Europe trois variétés de cette plante, appelée jusque-là "étoile de Chine", dont une seule survit : la pourpre. Depuis, grâce notamment aux horticulteurs français et anglais, cette merveille végétale venue d'Asie connaît un succès jamais démenti, à travers le monde...
Robert Fortune, connu pour son exploration de la flore chinoise, écrit au sujet des chrysanthèmes : « [...] les jardiniers chinois les réussissent à merveille, peut-être mieux du
reste que toutes les autres fleurs. D’ailleurs, l’horticulteur voue à cette
plante un tel amour qu’il la cultive à vaste échelle, parfois même contre les
vœux de son patron, et dans plusieurs cas il préférera quitter son emploi plutôt
que de renoncer à prodiguer ses soins à sa fleur de prédilection. »
Une exposition de chrysanthèmes se tient
chaque année, à Taipei, en novembre, à Shilin. Lors de cet événement annuel très
attendu par les amateurs de plantes, on peut admirer différentes sortes de
chrysanthèmes mais l’espèce la plus populaire reste incontestablement le
chrysanthème à l’inflorescence « incurvée-récurvée ».
Un « océan » de
chrysanthèmes à grosses fleurs (en haut) et une mosaïque de variétés naines,
jaunes, rouges et roses, très florifères (en bas).
Les
sculptures « en chrysanthèmes » ont été effectuées pour la
première fois en 1804, par un jardinier japonais. Elles avaient la forme de bateaux, de
papillons ou encore d’oiseaux. Plus tard, ce même jardinier a imité des scènes
de théâtre avec des personnages historiques habillés en chrysanthèmes. Cette technique est également pratiquée de nos jours à Shilin : poissons, bateaux, animaux sont les formes les plus populaires...
Mais la technique la plus impressionnante reste sans doute le Senrin-Zaki. Il s’agit d’une véritable performance horticole consistant à obtenir plusieurs centaines de fleurs sur une seule tige. Ce sont les chrysanthèmes moyens en boule qui se prêtent le mieux à ce genre de création. Certes, un tel chrysanthème n’a rien de naturel, mais, néanmoins, on ne peut rester insensible à ces géants en forme de demi-sphères. Certains d’entre eux ont jusqu’à plus de 1000 fleurs! Ils constituent incontestablement l’attraction principale de l’exposition de chrysanthèmes à Shilin.
Source :
Robert Fortune, Le vagabond des fleurs, trad. de l'anglais par Joëlle Vincent, Paris, éd. Payot, 2003, p. 130.
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