"Wilflingen, 19 août 1989 Lourd temps d'août. Les cucurbitacées sont
pleines d'allant - depuis la bryone qui porte des fruits en forme de baies, en
passant par les concombres et les courgettes jusqu’aux colosses qui absorbent tout
le compost. Elles étalent leurs pousses où se conjuguent grandeur et misère des
organes sensoriels. Quand l'un des tentacules malchanceux tourne en vrille sur
une surface plate qui ne lui offre nulle part un point d'ancrage, il
s'immobilise finalement comme une montre qu'on a oublié de remonter ou bien il
s'agrippe à sa propre tige comme un homme en train de se noyer. Un baron de Münchhausen
qui veut s’élever dans les airs en tirant sur son catogan.Tout change lorsque l'une des vrilles a trouvé le contact avec une
branchette, une grille ou un palis. C’est un miracle, comme si un aveugle avait
retrouvé la vue, un mineur dégagé un filon. Le message se communique à toute la
plante et la détermine jusque dans ses fibres, jusque dans ses molécules. Le
contact la fait tressaillir." Ernst Jünger (1895-1998)
Momordique de Cochinchine (Momordica cochinchinensis)
Momordique de Cochinchine (Momordica cochinchinensis)
Momordique de Cochinchine (Momordica cochinchinensis)
Momordique de Cochinchine (Momordica cochinchinensis)
Momordique de Cochinchine (Momordica cochinchinensis)
Gourde (Lagenaria siceraria)
Gourde (Lagenaria siceraria)
Gourde (Lagenaria siceraria)
Gourde (Lagenaria siceraria)
Gourde (Lagenaria siceraria)
Gourde (Lagenaria siceraria)
« Une débauche de formes extravagantes, de couleurs vives,
contrastées, de décorations saugrenues, une cascade d’inventions magiciennes,
là sur la table, coloquintes boursouflées, turgescentes, crêtées, verruqueuses,
ornées de perles, hérissées de tétines verdâtres, de piquants mous, marquées de
hiéroglyphes où se lisent de très mystérieux courants magnétiques. Pour une
fois que l’homme a joué avec la nature, est entré dans son jeu, elle lui a si
bien répondu que le voilà devant l’illimité, le délirant, heureusement réduit à
ces inoffensives gourdes et courges, d’autant plus merveilleuses qu’elles ne
servent à rien. »
Jacques Brosse (1922-2008)
Jacques Brosse (1922-2008)
Margose de Chine (Momordica charantia)
Margose de Chine (Momordica charantia)
Margose de Chine (Momordica charantia)
Concombre des Andes (Cyclanthera edulis)
Potirons (Cucurbita maxima)
Potirons (Cucurbita maxima)
« Les courges d’été sont des légumes qu’il est très agréable d’apprendre
à connaître ; elles ont, en poussant, la forme d’urnes ou de vases,
certaines plus ou moins profondes, mais toutes avec un magnifiques rebord
festonné. Presque toutes les courges de notre jardin méritent d’être copiées
par un sculpteur et seraient du plus bel effet reproduites dans le marbre ou la
porcelaine ; si je pouvais me le permettre, je m’offrirais les répliques
exactes de ce légume pour compléter mon service de table. Elles feraient des
plats tout à fait appropriés pour présenter les légumes du jardin. Nous avons,
outre les courges d’été, la courge d’hiver au col tordu, dont la venue me
procure toujours autant de plaisir quand elle présente son ventre rebondi aux
rayons du soleil hivernal. Le potiron excepté, aucun légume ne procure un tel
sentiment de chaleur et de réconfort à celui qui l’observe. Notre récolte,
cependant, ne promet pas d’être très abondante, car les feuilles font trop d’ombre
pour les fleurs nouvellement sorties, si bien qu’elles tombent avant d’avoir pu
produire le germe du fruit. Hier et aujourd’hui, j’ai coupé un grand nombre de
ces feuilles pour donner aux fleurs restantes une chance de profiter de l’air
et du soleil, mais la saison est, je le crains, bien trop avancée pour que les
courges puissent parvenir à une taille suffisante et jaunir au soleil. Nous avons des melons cantaloups et des pastèques qui promettent une récolte
assez abondante pour suffire à nos besoins. Après tout, le plus grand intérêt de ces légumes ne tient pas à leur qualité
alimentaire, mais plutôt au plaisir que nous éprouvons à voir quelque chose
venir au monde, et la production d’une grosse courge ou d’un beau melon
signifie une existence large et tangible dont l’imagination peut se saisir et
se réjouir. J’aime aussi voir mes propres œuvres contribuer à la vie et au
bien-être de la nature vivante – il m’est agréable de voir les abeilles venir butiner
mes fleurs de courge, même si, une fois chargées de leur butin, elles s’envolent
vers quelque ruche inconnue et ne m’apportent rien en échange de ce que mon
jardin leur a donné. Mais il y a tant d’autre miel dans le monde que je m’en
satisfais. » Nathaniel Hawthorne (1804-1864)
Potiron (Cucurbita maxima)Potiron (Cucurbita maxima)
Potiron (Cucurbita pepo?)
Diplocyclos palmatus
Zehneria scabra
Sources :
Ernst Jünger, Soixante-dix s’efface, IV,
Journal 1986-1990, trad. Julien Hervier, Paris, éd. Gallimard, 2002, p. 372.
Jacques Brosse, Le chant du loriot ou l'éternel instant, Paris, éd. Plon, 1990, p. 181.
Nathaniel Hawthorne, Carnets américains 1835-1853, trad. par F. Charras, Paris, éd. Corti, 1995, pp. 420-421.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.