Les Cucurbitacées, tout comme les Solanacées, ou les Fabacées, sont une famille de plantes
cosmopolites, très populaires et très nombreuses : plus de 10 000 variétés à
travers le monde. La plupart des Cucurbitacées sont d’origine tropicale :
courgette, potiron et citrouille viennent d’Amérique ; melon, gourde et
pastèque sont originaires d’Afrique, tandis que le concombre, le luffa ou le
momordica sont asiatiques. Il existe aussi quelques espèces européennes comme
la bryone dioïque ou le cornichon d’âne. Cultivées avant tout comme plantes
utilitaires (pour la cuisine, mais aussi pour la fabrication de différents
objets de la vie quotidienne), les Cucurbitacées méritent d’être admirées aussi
pour leurs belles fleurs jaunes ou, plus rarement, blanches.
"L’été est bien mûr quand apparaissent les fruits des
Cucurbitacées aux grandes fleurs ridées, monoïques, dioïques ou polygames. Dès
que les fleurs sont fécondées, leur ovaire croît avec une rapidité dont d’heure
en heure on peut vérifier les progrès. Après quelques semaines, les fruits
parviennent au volume énorme de la Courge potiron, sphère orangée aplatie aux
deux pôles, ou de la Courge citrouille, massue jaune, plus allongée que le
Potiron. Les Courges sont les plus volumineux de nos fruits. Ensuite vient le Melon, originaire de l’Asie, à la
pulpe sucrée et parfumée, à l’écorce réticulée, lisse ou à côtes tuberculeuses.
La Pastèque ou Melon d’eau que j’oubliais, souvent plus grosse que les grandes
variétés de Melon, contient une chair carmine abondante, émaillée de grains
noirs en forme de lentille. On cultive la Pastèque aux Indes et en Afrique. Aux
heures torrides, elle est un rafraichissement providentiel. Le Concombre n’est
pas moins cultivé. Cueillis jeunes, les fruits de certaines espèces sont
conservés sous le nom de Cornichons. La famille n’est pas privée d’individus
curieux. D’abord, notons les formes et les couleurs de la Coloquinte, plus
connue que le Pâtisson ou Bonnet d’électeur qui, sur des divisions renflées
comme celle du Melon, porte un turban oriental. La Calebasse ou Gourde de
pèlerin, avec ses deux poires superposées, séparées par un col rétréci, devient,
à la maturité, un objet bien connu des collectionneurs d’art nègre. Enfin,
nommons la Momordique, surprise que les jardiniers réservent aux visiteurs de
leurs serres. Le fruit, semblable à un petit cornichon, en se détachant du
pédoncule, débouche un pertuis par lequel est violemment projetée la semence de
la plante." Jean de Bosschère (1878-1953)
"La corolle des grandes Cucurbitacées est un immense
pavillon jaune, fait d’un chiffon de soie mal défripé et découpé sans trop de
symétrie. Une lame d’écume safranée, une membrane élastique fort mince semble
s’être égarée entre les feuilles énormes, déployées sur un gros pétiole juteux.
Une grande quantité de matière est dépensée dans une opération identique à
celle qui produit la corolle de la Véronique. Ce déploiement de force
injustifiable aboutit à l’épanouissement de cette vaste fleur, torchon éclatant, qui s’évanouira comme les plus étroites corolles le jour même de sa
naissance, ou le lendemain selon le calendrier humain. "
Jean de Bosschère (1878-1953)
Potiron (Cucurbita maxima)Jean de Bosschère (1878-1953)
Potiron (Cucurbita maxima)
Potiron (Cucurbita maxima)
Potiron (Cucurbita maxima)
Potiron (Cucurbita maxima)
Potiron (Cucurbita maxima)
Cornichon d'âne (Ecballium elaterium)
[En voyage à Antibes, après avoir admiré les agaves, Jünger s'attarde devant un "tapis" d'Ecballium elaterium] "Une
autre plante encore incite toujours à s’attarder, dans cette promenade, un
curieux végétal qui étend sur la caillasse brûlante un vert tapis de feuilles
velues : la momordica, la courge aux ânes ou le cornichon explosif. Elle
appartient aux cucurbitacées et produit tout à la fois une quantité de fleurs
jaunes et de fruits à piquants, qui ont la forme d'un minuscule melon et
deviennent explosifs sitôt qu'ils mûrissent. Qu'on les frôle alors du doigt, et ils s'ouvrent avec la
détonation d'un pistolet d'enfant, projetant du jus et des graines. Un jour, la
charge m'atteignit en pleine figure : elle avait un goût amer, astringent. Quand l'année
est avancée, il suffit de traverser le terrain pour se voir bombardé par une
artillerie qui viendrait des voyages de Gulliver.
L'ébranlement léger dû aux pas, un souffle
d'air même y suffit, et finalement aussi la seule lumière du soleil. La courge
aux ânes fait partie, comme la balsamine de nos forêts et le buis des sables
indiens, des végétaux dont le fruit éclate par l'action de mécanismes raffinés.
Cette croissance, avec la destruction pour but final, a quelque chose de
consternant, même si l'on se dit que tout cela a lieu en vue du maintien de
l'espèce. Il s'y joint le fait que les mouvements brusques sont, au fond,
étrangers au royaume végétal et à son lent devenir, évoquant l'idée d'une
intelligence consciente de ses visées. Il est vrai que maturité et mort sont
toujours proches parentes. C'est ainsi que la route de la mer conduit entre l’agave qui se détruit
dans ses fleurs, et la courge explosive, qui se détruit en son fruit. Mais sans
cesse l'un fait naître de nouvelles haies, et l'autre déploie de nouveaux
tapis. Le chemin est le même que l'an dernier, et restera le même l’année
prochaine." Ernst Jünger (1895-1998)
Courge éponge (Luffa cylindrica)
Courge éponge (Luffa cylindrica)
Courge éponge (Luffa cylindrica)
Serpent végétal (Trichosanthes cucumerina)
Serpent végétal (Trichosanthes cucumerina)
Courge cireuse (Benincasa hispida)
Courge cireuse (Benincasa hispida)
Thladiantha nudiflora
Thladiantha nudiflora
Thladiantha dubia
Concombre épineux (Echinocystis lobata)
Concombre épineux (Echinocystis lobata)
Navet du diable (Bryonia dioïca)
Sources :
Jean de Bosschère, La fleur et son parfum, Paris, éd. Klincksieck, 2015, pp. 161-161 et p. 193.
Ernst Jünger, Le contemplateur solitaire, traduit
de l'allemand par Henri Plard, Grasset et Fasquelle, 1975, p. 351.


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