Les magnolias, originaires d’Asie et d’Amérique,
sont apparus en Europe au début du XVIIIe siècle. Dans son Voyage en Amérique,
François-René de Chateaubriand (1768-1848), voyageur et botaniste passionné, rappelle les
nombreuses espèces d’arbres transplantés sur le Vieux Continent de la riche
flore du Nouveau Monde. Parmi ceux-ci : le magnolia, que l’auteur d’Atala
qualifie de « laurier couronné de roses », tout comme le fait le grand naturaliste américain William Bartram. Il existe de très
nombreuses espèces de ce magnifique arbre, qui honore Pierre Magnol
(1638-1715), médecin, professeur et directeur du jardin botanique de
Montpellier. Ci-dessous une espèce à floraison estivale, bien connue en France,
tout comme à Taiwan, celle à laquelle Chateaubriand fait
référence : Magnolia grandiflora, aux feuilles vert foncé ressemblant à du
laurier (beaucoup d’autres espèces ont des feuilles vert clair, mates) et aux
grandes fleurs blanc crème, délicieusement parfumées...
Les magnolias du jardin des Serres d’Auteuil, à Paris (ci-dessus), ont un port compact,
ample, légèrement conique. Les branches descendent jusqu’en bas au point que
leur tronc est invisible. Ceux du Parc Daan, à Taipei (ci-dessous), beaucoup plus jeunes,
ont un port plus aéré et laissent largement apparaître leur tronc.
« Les plantes, les
arbrisseaux, […], les fleurs, transportés dans nos bois, dans nos champs, dans
nos jardins, annoncent la variété et la richesse du règne végétal en Amérique.
Qui ne connaît aujourd'hui le laurier couronné de roses appelé magnolia,
le marronnier qui porte une véritable hyacinthe, le catalpa qui reproduit la
fleur de l'oranger, le tulipier qui prend le nom de sa fleur, l'érable à sucre,
le hêtre pourpre, le sassafras, et parmi les arbres verts et résineux, le pin
du lord Weymouth, le cèdre de la Virginie, le baumier de Gilead, et ce cyprès
de la Louisiane, aux racines noueuses, au tronc énorme, dont la feuille
ressemble à une dentelle de mousse ?
Les
lilas, les azaléas, les pompadouras ont enrichi nos printemps ; les
aristoloches, les ustérias, les bignonias, les décumarias, les célustris ont
mêlé leurs fleurs, leurs fruits et leurs parfums à la verdure de nos lierres.
Les plantes à fleurs sont sans nombre : l'éphémère de Virginie, l'hélonias, le
lis du Canada, le lis appelé superbe, la tigridie panachée, l'achillée
rose, le dahlia, l'hellénie d'automne, les phlox de toutes les espèces se
confondent aujourd'hui avec nos fleurs natives. »
François-René de Chateaubriand (1768-1848)
Les feuilles sont persistantes, vert foncé, coriaces, luisantes. Elles
présentent un revers plus pâle, souvent garni de petits poiles roux.
De juin à septembre, s’épanouissent des fleurs blanc crème, composées d’une
douzaine de pétales. Elles peuvent dépasser 20 cm de diamètre, sont d’une rare
beauté et exhalent un parfum agréable, dans lequel on distingue à la fois des
notes de poivre, de citron et de vanille...
[En Floride du Nord]
"Sur un promontoire qui, à environ un demi-mille de moi, s'avançait au milieu de la rivière, et dont j'étais séparé par un petit marais, se trouvait un superbe bosquet de palmiers et de lauriers. Ceux-ci, dont la tête pyramidale formait un cône parfait, relevaient, par la verdure lustrée de leurs feuilles, l'éclatante blancheur des fleurs dont ils étaient couverts. On distingue, de très loin, ces belles fleurs, dont la grandeur est telle, qu'à un mille de distance il est aisé de les apercevoir. Les lauriers ou magnolias qui croissent sur cette rivière, sont les plus grands et les plus beaux que j'aie vus nulle part, excepté sur les bords de Mississipi. Ils l'emportent même sur ces derniers pour l'élégance de la forme, la beauté du feuillage, et aussi, je crois, pour la grandeur et le parfum des fleurs. Ils ont ordinairement cent pieds de haut ; quelques-uns ont beaucoup plus. Leur tige est droite, cylindrique, elle s'élève telle une belle colonne ; et la tête qui la surmonte, forme un cône obtus. Les fleurs sont placées aux extrémités des subdivisions des branches, au centre d'une petite couronne de feuilles entières, ovales, d'un vert glabre et foncé ; elles sont grandes, parfaitement blanches, ouvertes comme une rose épanouie ; leur corolle est composée de quinze, vingt à vingt-cinq pétales, épais, coriaces, très concaves, dont les extrémités, lors de la maturité, sont un peu réfléchies. Dans le centre, se dresse le jeune cône, grand, couleur chair, élégamment terminé par un stigmate de couleur d'or qui grossit beaucoup vers la fin de l'été, jusqu'à former, à l'automne un grand cône cramoisi ou strobilus, qui renferme nombre de grandes baies rouges comme du corail. Ces baies restent suspendues quelque temps à un fil blanc, uni et soyeux, de quatre, six et même neuf pouces de longueur. Les fleurs de cet arbre sont les plus grandes et les plus complètes que l'on connaisse ; lorsqu'elles sont parfaitement épanouies, elles ont de six à neuf pouces de diamètre. Le péricarpe et les baies ont une odeur d'épice agréable, et un goût amer et aromatique ; le bois, quand on l'a gardé un temps convenable, est d'un jaune de paille ; il est compact, plus dur et plus solide que celui du peuplier." William Bartram (1739-1823)
Les fruits de Magnolia grandiflora sont en forme de cône (ou strobilus...) et
contiennent des graines à tégument rouge.
Sources :
François-René de Chateaubriand, Voyage en Amérique, présenté par
Pierre Barbéris, Paris, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 1982, coll. "Traversée
du XIXe siècle", p. 145.
William Bartram, Voyages, édition naturaliste établie par Fabienne Raphoz, Paris, éd. Corti, 2013, pp. 99-100.
William Bartram, Voyages, édition naturaliste établie par Fabienne Raphoz, Paris, éd. Corti, 2013, pp. 99-100.